Les Schneider ou le succès des aciéries bourguignonnes

Historique d’une saga industrielle bourguignonne

C’est en Bourgogne, au Creusot, que débute l’histoire de la dynastie Schneider. Cette famille sort de l’ombre en 1836 avec le rachat des aciéries du Creusot. Les fondateurs, Adolphe et Eugène Schneider font l’acquisition des anciennes Forges Royales et s’installent au Creusot,  en Bourgogne. Rapidement, le chiffre d’affaires des établissements Schneider croît fortement. C’est le début d’une ère prospère pour la famille Schneider. Au sommet de son apogée, entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle, Schneider est présent sur une grande partie du territoire français, en Europe, en Afrique du Nord, en Amérique du Sud, en Russie. Les Schneider construisent l’une des premières locomotives françaises, inventent le premier marteau-pilon et déploient le modèle industriel et social intégré. Après la seconde guerre mondiale, Schneider poursuit sa stratégie d’innovation en participant au programme nucléaire français et oriente ses activités dans ce domaine porteur. La dynastie s’achève en 1960 avec la mort accidentelle du dernier Schneider. Ce décès engendre une crise de succession. En 1969, le baron Edouard-Jean Empain prend le contrôle du groupe et diversifie ses activités. En 1970, c’est la fin de la « dynastie » Schneider. Dans les années 1980, Schneider se restructure et se recentre sur les activités électriques. En 1999, Schneider devient Schneider Electric. Son chiffre d’affaires est de 19 milliards d’euros en 2010.

 

Prendre des risques pour asseoir un succès industriel

schneiderLe bassin du Creusot est un site houiller où s’est installé dès le XVIIIème siècle la fonderie royale, puis la verrerie fera faillite et sera reprise par un des créanciers. Une nouvelle  faillite permettra au Schneider d’acheter en 1836 une compagnie avec un passif de onze millions de francs ! Selon L. Batsch, « cette reprise aurait été qualifiée aujourd’hui d’opération de capital-risque : d’une part, elle succède à trois échecs, d’autre part les Schneider ne possèdent pas les capitaux nécessaires pour racheter et relancer la fonderie.»

Les deux frères Schneider, Adolphe et Eugène, montent une société dit « en commandite par action » qui permet de faire entrer au capital des investisseurs et laisse aux entrepreneurs le contrôle de la gestion. Ils ont alors une trentaine d’années lorsqu’ils prennent la direction de la société Schneider et Cie, au Creusot.

Leur modèle de développement économique est, contrairement à leurs prédécesseurs, centré vers la mécanique lourde et non pas la première transformation. Adolphe et Eugène répondent ainsi à la conjoncture économique du moment. En effet, l’Etat s’implique dans des programmes d’équipements à l’échelle nationale. Ils fourniront à la France l’une des premières locomotives.

 

S’appuyer sur l’innovation pour réussir

Au Creusot, Schneider extrait de la houille et fabrique du fer ; mais ce sont dans les ateliers de construction où l’on fait de la mécanique lourde que Schneider investit massivement. Ils y construiront des équipements industriels, des machines pour les transports maritimes, des locomotives puis de l’armement.

schneider et cieDès 1879, la qualité de l’acier produit au Creusot est fortement améliorée quand la famille Schneider décide d’utiliser le procédé Thomas à convertisseurs transformés pour marche basique. C’est une première en France et elle se fait en Bourgogne.

En même temps qu’on installe au Creusot l’aciérie Thomas, on découvre l’opération de déphosphoration complète de fonte qui permet aux aciéries de devenir compétitives face à la concurrence européenne. Ainsi, la très remarquable évolution des aciéries françaises et du Creusot est liée au transfert de connaissances en chimie et à son application judicieuse à la métallurgie. Des ingénieurs centraliens réputés, comme Jean Werth, travaillent au Creusot transférant leur connaissance théorique dans l’industrie. L’ingénieur Werth « ouvre la voie à la mise au point des aciers spéciaux » (Claude Beaud). Une autre innovation, la construction en 1876 d’un marteau-pilon de 100 tonnes permettant de forger des pièces de grande dimension accompagne le succès de Schneider. Innovation remplacée en 1895 par l’installation au Creusot de presses hydrauliques dont une de 10 000 tonnes.

La succession de nouvelles techniques et de nouveaux procédés se poursuit sans relâche jusqu’à la mort du dernier Schneider en 1960. Il réalisa la locomotive BB 9004, la plus rapide du monde (battu record du monde de vitesse en 1954) et participa à la première centrale nucléaire PWR.

 

Schneider, une identité forte

schneider2Les fondateurs des Etablissements Schneider au Creusot, Adolphe et Eugène, utilisent les aciéries du Creusot comme un show-room pour faire valoir leur savoir-faire. Des visites officielles et diplomatiques se succèdent. Ils accueillent le président de la République française, Mac-Mahon en 1876, le roi Ferdinand de Bulgarie en 1905, le prince Izzedine Effendi de l’Empire ottoman en 1911, le Président de la République française, Charles de Gaulle en 1959…

Ils utilisent aussi les grands évènements culturels (Exposition Universelle de 1867, 1878,1900) et les courants idéologiques pour véhiculer des valeurs de l’entreprise centrés sur la modernité, la famille et l’innovation.

L’esprit des constructeurs bourguignons s’illustre merveilleusement à travers la saga familiale ; leur contemporain bourguignon Alexandre Gustave Eiffel né Bönickhausena construit la fameuse tour. La Bourgogne a construit une partie de son histoire industrielle avec les Schneider. Aujourd’hui encore, les bourguignons sont reconnus pour leurs compétences en métallurgie et en chaudronnerie. De grandes entreprises du secteur ont choisi la région pour se développer :  Arcelor, Vallourec, Valtimet, SEB, Industeel…

 

En savoir plus,

L’écomusée du Creusot http://www.ecomusee-creusot-montceau.fr/spip.php?rubrique91

L’histoire de Schneider Electric http://www.schneiderelectric.fr/sites/france/fr/societe/profil/histoire/histoire-schneider-electric.page

 

 

Bibliographie

Les Schneider comme figure emblématique du patronat français, Annie Compos et Stéphane Gacon, Journées inters académiques de Nancy, 1998.

Schneider, l’Histoire en force, Tristan de la Broise et Félix Torres, 1996, 492 pp.

- Le « Décollage de Schneider (1837-1875), Stratégie industrielle et politique financière Laurent Batsch, Université Paris IX Dauphine CEREG Cahier de recherche n°9514

- Rapport de MM. Saladin et Charpy, Revue de métallurgie Mémoires – tome III ; 1906.

Références bibliographiques « Claude Beaud » (documents consultables au centre de ressources documentaires de l’écomusée) :

Les Schneider au Creusot : un modèle paternaliste en réponse aux impératifs du libéralisme et à la montée du mouvement socialiste – Louvain : [s.n.], 1990

Extr. de “Liberalism and paternalism in the 19th century”,10e Congrès d’histoire économique et sociale de Louvain, 1990 (p. 9-17)

La Stratégie de l’investissement dans la société Schneider et Cie, 1894-1914 – Paris : Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 1983 – Extr. de “Entreprises et entrepreneurs, 19e et 20e siècles”, n°7, 1983 (p.118-131)

Profit, investissement et croissance chez Schneider et Cie au Creusot, 1837-1853 - Paris : Revue d’histoire économique et sociale, 1977

Extr. de “Revue d’histoire économique et sociale”, n°3/4, 1977 (p.453-463)

Les Schneider marchands de canons, 1870-1914 – Paris : [SEDES], 1995

Extr. de “Histoire Economie Société”, 1er trim. 1995 (p.107-131)

L’Innovation dans les Etablissements Schneider, 1837-1960 – Paris : [SEDES], 1995

Extr. de “Histoire Economie Société”, 3e trim. 1995 (p.502-518)

Investissements et profits du groupe multinational Schneider - Paris : SEDES, 1988

Extr. de “Histoire Economie Société”, n°1, 1988 (p.128-138)

De l’expansion internationale à la multinationale Schneider en Russie, 1896-1914 - Paris : SEDES, 1985

Extr. de “Histoire Economie Société”, 4e trim.1985 (p.576-601)

Une Multinationale française au lendemain de la 1e guerre mondiale : Schneider et l’Union européenne industrielle et financière - Paris : [SEDES], 1983

Extr. de “Histoire Economie Société”, n°4, 1983 (p.625-641)

Schneider, de Wendel et les brevets Thomas : le tournant technique de la sidérurgie française, 1879-1880 - Lyon : Comité historique du Centre-Est, 1975

Extrait de : “Cahiers d’histoire”, tome XX, n° 3

La Première guerre mondiale et les mutations d’une entreprise métallurgique de la Loire : les établissements Jacob Holtzer – Lyon : Centre d’histoire économique et sociale de la région lyonnaise, 1975 (Bulletin ; 2)

 

Remerciement :

A Michèle Badia,  documentaliste de l’écomusée, qui nous a aidé à améliorer cet article.